modus operandi


avant-propos

Avant d’être image à l’écran, la représentation d’un espace est d’abord une image mentale.
Les outils numériques révèlent et mettent en forme cette vision initiale, mais l’image calculée, n’est pas une fin en soi. Ce n’est qu’une prise de vue, qu’une étape préalable à l’essentiel : peindre cette image.

L’ordinateur, à la fois palette et chevalet, chambre noire et ardoise magique, ne propose ni n’impose quoi que ce soit. On y fait sa cuisine sans suivre les recettes, quand on est persman avant que d’être infographiste. La culture de l’architecte, la sensibilité du peintre et l’œil du photographe, en cela réside la synthèse de l’image.

image mentale

Afin d’illustrer le processus de fabrication de l’image, il est choisi, plutôt qu’un projet imaginaire, de traiter un sujet de l’imaginaire commun : la Weißenhofsiedlung de Le Corbusier.
L’objectif est de réaliser une vision anachronique, inspirée des puissantes images mentales de la fin des années vingt, période à laquelle l’Architecte met en scène l’automobile, symbole de vitesse et de modernité, en grand génie de la communication qu’il était aussi. Autres images mentales : la garçonne, symbole d’émancipation, et un homme à la fenêtre comme une ombre chinoise menaçante, signe avant-coureur des années noires qui suivirent…

La Weißenhof, 1927

Montparnasse, 1929

analyser

Les seuls documents vraiment utiles pour réaliser une image sont les plans et les façades. Coupes, croquis et détails même crobardés en réunion sont idéaux. Le fait de disposer d’un modèle 3D d’étude peut être utile mais à titre indicatif. Réaliser des images à partir d’une modélisation faite en agence est une pratique qui se développe mais qui nécessite le respect d’un protocole très rigoureux.


Croquis de l’architecte (ou du persman!)

PLANS2
Plans et façades

modéliser

Le modèle 3D pour l’étude et le modèle 3D pour le rendu sont très différents.
La saisie 3D destinée aux moteurs de rendu les plus évolués est une tâche minutieuse, parfois complexe et superflue pour de la modélisation d’esquisse. Qu’un modèle 3D soit « parfait » est incontournable pour les logiciels qui simulent le parcours réel de la lumière dans l’espace, car une topologie incorrecte, des plans confondus, des « trous » indésirables, etc… sont autant de sources d’erreurs de calcul ou d’incongruités.

Récupérer un modèle est souvent équivalent à la durée d’une saisie intégrale.
Ceci conduit à un mauvais compromis : l’économie est peu évidente et l’architecte se prive de l’expertise d’un rendu élaboré dès le stade de la saisie. Modéliser correspond à entrer dans la logique, la rythmique, les trames, les articulations, etc… bref à entrer dans la peau du projet et même, dans celle de l’architecte. On dit « modéliser » mais également « saisir ». Saisir, signifie prendre, mais aussi comprendre

Le modèle 3D

calculer

Cette étape consiste à obtenir le cliché du « jeu savant, correct et magnifique des volumes assemblés sous la lumière »Dans le calcul de base, le projet est d’abord observé sous la seule lumière du soleil, en laissant la façade principale à contre-jour.
Dans le calcul final, la scénographie se prépare à ce stade par l’ajout d’éclairages artificiels, du véhicule et d’humidité sur la chaussée, comme supports préalables à la narration, avant que de peindre l’image

 Le calcul de base

 Le calcul final

peindre

Après le calcul et l’obtention du cliché préliminaire, il s’agit maintenant de « développer » l’image en réglant sélectivement chaque partie du rendu à l’aide de masques, puis traiter le ciel, les effets atmosphériques et lumineux, la végétation et les personnages, le tout dans un souci de composition (*).
Sauf dans le cas d’un photomontage où les premiers plans peuvent être remarquables, un des enjeux principaux réside dans le traitement du socle (chaussée, voirie, parvis, etc…).
Une des stratégies consiste comme ici à placer l’œil plus bas qu’à hauteur d’homme (**), ce qui minimise la zone située sous l’horizon et dynamise la perspective, notamment du fait que les yeux des personnages ne se trouvent donc pas tous à la même hauteur.

(*) Il n’y a pas à proprement parler de règles de composition qu’il faille suivre, mais une recherche (plutôt intuitive) de la narration, c’est-à-dire la disposition d’un vocabulaire (véhicules, effets variés, personnages, etc…) en fonction d’une grammaire (point de force, axes de construction, circulation du regard, etc…).

 Principes de composition

(**) Outre la position de l’horizon, un dispositif complémentaire consiste à traiter la chaussée humide, voire à figurer des flaques par endroit. Ceci duplique l’expression de l’architecture dans le reflet, anime graphiquement la base de l’image et renforce la narration par la poésie de l’eau (vapeur, brume, etc…).

 L’image finalisée


timing

Le graphe ci-contre qui exprime la notion d’aboutissement de l’image (en ordonnée) en fonction du temps (en abscisse), met en évidence deux notions : cet aboutissement est exponentiel et l’étape finale est prépondérante. Même au stade où le projet est saisi et où le rendu final est calculé dans le point de vue recherché, l’aboutissement de

l’image n’est, dans la majorité des cas, pas supérieur à 50%.
L’essentiel se passe donc à la fin, d’où l’importance des validations aux stades précédents, car le travail de la dernière étape en est totalement dépendant, et que la stratégie globale peut difficilement être remise en cause au stade final.

SCHEDULE2
Graphe de l’aboutissement de l’image


au-delà de l’image

La précision de l’approche et la qualité des modèles 3D permettent d’aller plus loin que la seule réalisation d’images : utilisation du modèle pour la fabrication d’une maquette réelle par usinage numérique  ou par impression 3D, réalisation des rendus de façade ou pourquoi pas d’un billet de banque...

 Rendu de façade

  Specimen… d’architecte

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